Michael Ibrahim

Sur scène, l’orchestre respire comme un seul corps. Les violons frémissent, les percussions tracent la route, et au centre, il y a lui : Michael, silhouette nerveuse, regard brûlant, chef et conteur tout à la fois.

Il ne dirige pas.
Il embarque.

D’un mouvement sec de la main, il fait monter la tension comme s’il tirait invisible un fil relié aux cœurs du public. Puis, bien avant que la première note-vocale ne s’élève, Michael scanne la salle, un balayage rapide, intense, presque animal. Il cherche la moindre hésitation, un souffle retenu, un regard fuyant… et dès qu’il en trouve un, il s’avance d’un pas, comme pour dire : toi, tu viens avec nous.

C’est sa manière.
Une petite attaque bienveillante.
Un coup de tambour dans les âmes endormies.

Et soudain, au milieu d’un silence tissé par l’oud, sa main gauche plonge dans le vide comme si elle attrapait quelque chose d’invisible. Il fait un quart de tour, s’efface derrière une vague de violons…
et sa flûte apparaît.

Aucun musicien ne l’a vue arriver.
Aucun spectateur ne l’attendait.
On dirait qu’il vient de la convoquer du néant.

Il la porte à ses lèvres avec la précision d’un archer levant son arc. Un souffle, un seul, fend la salle comme un rayon clair. Les notes glissent, serpentent, se posent sur les visages… et la salle retient son souffle.
C’est son moment secret.
Son coup de magie.

Michael ne joue jamais pour remplir un vide.
Il joue quand l’histoire l’exige.
Quand la musique réclame une âme de plus.

Et puis, quand la chanteuse entre, voix chaude, ascendante, prête à brûler la scène… il se redresse légèrement.
Son visage se transforme.
On dirait un capitaine qui voit son navire prendre le vent parfait.

Il ne regarde plus les musiciens.
Il regarde le public.
Droit dans les yeux.

Un regard fier, presque provocateur :
Vous sentez ça ? C’est maintenant qu’on vit.

Il tourne vaguement la tête vers la chanteuse quand elle monte en température, juste un demi-sourire, un accord silencieux :
vas-y, emmène-les plus haut.

Et dès que la voix explose vraiment, ce moment où tout l’air de la salle devient vibration, Michael avance brusquement vers le public, mains levées, gestes tranchants. On dirait qu’il menace les spectateurs… de les faire participer.

Les premiers rangs sursautent.
Les autres éclatent de rire.
Puis chacun finit par suivre, happé, guidé, provoqué.

Là, Michael n’est plus seulement chef d’orchestre.
Il est tempête, danseur, acteur, souffleur de braises.
Il orchestre l’invisible : l’élan, la chaleur, la joie collective.

Et lorsque le morceau prend enfin son élan final, tout le monde sait qu’il ne dirige plus la musique.

Il dirige les cœurs.


Une réponse à “Michael Ibrahim”

  1. Avatar de Elsa Grindel

    Quel spectacle renversant, et quelle fin époustoufflante ! Bravo.

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