La Ligne Droite

武士道

Combat associé à une vision morale du courage, de l’honneur et de la dignité.

፩. まっすぐ— Tenir debout

Le matin, le corps se met en route avant la pensée. Les gestes sont comptés : eau froide sur les poignets, bandage resserré, lacets tirés jusqu’à ce que le pied soit tenu comme dans un étau. La tenue n’a rien de cérémoniel. Elle sert à signaler une chose simple : rien n’est laissé au hasard.

Dans la salle, il ne cherche pas un regard. Il se place au bord, là où l’on gêne le moins, et il attend. Les autres parlent, rient, commentent des combats vus sur un écran. Les phrases sont des morceaux de victoires empruntées. Lui ne commente pas. Il garde les mots pour l’effort.

Quand le partenaire arrive, il incline la tête, pas plus. Il tend la main. Il serre, ferme. La poignée n’est pas un test de force. C’est une manière de dire : la présence est réelle, les conséquences aussi.

Il s’échauffe lentement, comme si chaque articulation devait être prévenue. Il ne donne pas à voir la douleur, même quand l’épaule accroche. Les blessures sont des faits, pas des excuses. On peut les porter sans les exhiber de façon ostentatoire.

Le premier échange est propre. Pas de précipitation. On mesure, on touche, on recule. Il ne cherche pas à impressionner. Il cherche à être juste. Chaque coup est une décision. Chaque retrait est un calcul. Il ne frappe pas pour punir, il frappe pour marquer une limite.

Quand il est touché, il ne proteste pas. Il acquiesce. Il reprend. Quand il touche, il ne s’excuse pas non plus. L’excuse serait une façon de minimiser l’impact, comme si l’autre était fragile. Il refuse cette condescendance.

Un moment, le partenaire sourit, comme s’il s’attendait à une réaction. Rien ne vient. La fierté est là, mais elle ne se montre pas. Elle s’organise à l’intérieur : tenir le rythme, ne pas tricher, ne pas quémander.

Après la session, il reste encore. Il ramasse un gant oublié, le dépose à côté du sac de celui qui l’a laissé. Il nettoie une trace sombre sur le tapis. Il ne dit rien. Dans sa logique, l’honneur commence avant le combat et continue après. C’est une discipline. Ce n’est pas une humeur.

፪. たたかう— Ne pas contourner

Les semaines suivantes, on propose des exercices plus libres. Le cadre se desserre. Certains en profitent pour « tester ».

Il observe sans commenter.

Il voit les mêmes gestes revenir : feintes trop longues, mains qui s’attardent, frappes lancées quand l’autre tourne la tête, coups donnés juste après l’arrêt annoncé. Rien de spectaculaire. Une somme de petites tricheries.

Au début, il corrige simplement sa garde. Il se rapproche. Il ferme les angles. Il refuse d’offrir des ouvertures faciles. Il se dit que c’est à lui de rester propre, même si les autres ne le sont pas.

Mais un soir, l’échange change de texture. L’autre recule, puis revient avec une frappe basse au moment où la consigne est déjà donnée : pause. Le contact est sec. Pas assez pour briser, assez pour brûler. Le corps comprend avant les mots. Il fait deux pas en arrière, lève la main.

Le partenaire hausse les épaules, sourit, comme si ce n’était rien.

Une plaisanterie circule. On parle « d’intensité ».

On parle de « vrai ».

Il ne répond pas à la plaisanterie. Il s’approche du responsable, demande un mot. La voix reste calme. Il décrit les faits : attaque après l’arrêt, frappe sur une zone interdite, répétition. Pas d’insulte. Pas de menace. Il attend une règle claire.

On lui répond par un compromis : « ça arrive », « il faut s’endurcir », « ne le prends pas personnellement ». Les phrases sont souples, faites pour glisser sur les événements. Elles n’accrochent rien.

Il revient sur le tapis avec une décision simple : ne pas s’adapter à la triche, la rendre inutile. Il change la distance. Il impose le centre. Quand l’autre cherche le coup sale, il ferme, il bloque, il renvoie une pression directe, visible. Pas de vengeance, pas d’ombre. Juste une réponse qui oblige à regarder ce qui se passe.

L’autre tente encore. Il accélère au moment où le regard se détourne. Cette fois, la réponse est immédiate : un arrêt net, une main posée sur la poitrine de l’autre pour le repousser, pas pour le frapper. Le geste est ferme, presque humiliant. Il crée du silence.

On s’arrête. On attend une explosion. Elle ne vient pas. Il répète simplement : l’arrêt était donné. Il ne parle pas d’intention. Il parle de règle. Il refuse de jouer sur les bords, de compenser par la ruse. Il refuse le combat de couloir. Il n’accepte que ce qui se tient en plein jour.

Le reste de ce chemin paraîtra très bientôt dans le recueil Là où l’honneur se tait.

→ Page du livre


Une réponse à “Là où l’honneur se tait — Extrait”

  1. Avatar de Tristitiae_gratia
    Tristitiae_gratia

    Encore un livre écrit avec les tripes, hâte de l’avoir entre les mains!

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