Les lentilles chauffent.
Le joint brûle.
Les mots se taisent.
Et pendant quelques secondes,
tout est exactement à sa place :
la fatigue,
la faim,
la musique,
la nuit.
Même les lentilles.
La cloche sonne
exactement
au moment où la musique s’arrête.
Synchronisation parfaite.
Univers bien réglé.
Mais non.
Je ne peux pas m’arrêter.
D’abord,
le jeu commence à faire effet.
Je le sens.
Ce léger décalage délicieux
entre la pensée et le corps.
Ensuite,
la musique.
Trop forte.
Trop juste.
Impossible de la laisser mourir comme ça.
Alors je saisis l’assiette.
Une cuillère en bois.
Geste simple.
Rituel.
Je relance la musique.
La même.
Sans faire exprès.
Trois notes.
Trois.
Et c’est reparti.
Je lance le son
au même instant
où je prends la première cuillère de lentilles.
Et là…
Elles sont incroyables.
Vraiment.
Assez bonnes
pour me faire douter.
Est-ce que c’est la saleté
qui donne le goût aux choses ?
Est-ce que le temps
les a bonifiées ?
Ou est-ce qu’elles étaient déjà parfaites
depuis le début ?
Et pourquoi je me pose cette question,
au juste ?
La musique pulse encore.
Dans les oreilles.
Dans la poitrine.
Une odeur résiduelle
flotte dans l’air,
comme une signature invisible.
Et je me dis :
c’est bien.
Vraiment bien.
Bonne énergie.
Bonne vibe.
Créativité propre.
Alignée.
Ce que vous venez de lire n’est pas un extrait explicatif,
mais un point d’entrée.

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