Poèmes


  • L’Agonie du Siècle

    Par :


    Dehors ça grouille, ça bave… la viande humaine en solde…
    Ça s’agite pour rien dans la grande foire aux vices.
    Ici, c’est le tombeau, le silence qu’on colmate,
    Loin des cochons joyeux qui courent au précipice.

    Tout n’est que pourriture et vanité d’instants,
    La chair est triste, hélas ! et l’âme est une plaie.
    À quoi bon faire semblant ? Le néant nous attend,
    Autant crever ici, sans franchir cette haie.

    Dieu se tait dans le mur… L’ennui suinte des toits…
    On reste là, gisant, dans la froideur des choses.
    Le monde n’est qu’un bruit qui ne vaut pas le choix,
    D’une seule heure de paix sur un lit de névroses.

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  • Sorgue

    Par :

    {Encore une nuit qui me boit,
    À l’intérieur tout est froid,
    Son parfum, ses murs,
    Ses ténèbres, son armure,

    Lentement elle m’avale
    Et je me perds dans ce dédale
    Qui semble ne pas finir
    Et duquel je ne puis fuir,

    Je me laisse transporter
    Par des ombres aveugles
    Qui serpentent et beuglent
    Sur d’invisibles sentiers,

    Ce sont les démons,
    Ceux de cette nuit,
    Ceux de l’abandon,
    Cette sorgue infinie…}

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  • III – L’irréparable

    Par :

    La parole de trop
    Une chute inévitable
    Accélère le tempo
    De cette issue fatale

    Un simple choix de mot
    Se veut irréparable
    Il est la goutte d’eau
    Le point d’orgue final

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  • II – Le seul arbitre

    Par :

    Aucun choix ne mérite
    Le jugement d’autrui
    Je suis le seul arbitre
    Du chemin de ma vie

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  • I – La fabrique des certitudes

    Par :

    La terre est plate !
    Les licornes existent !
    Tout homme est phallocrate
    À tendances populistes.

    Voici des certitudes
    Bien ancrées au réveil
    Elles font par habitude
    Des cerveaux en sommeil

    Des peuples asservis
    Des montagnes de haine
    Des tonnes de mépris
    Une vie très malsaine

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  • À la marquise du Châtelet

    Ainsi donc cent beautés nouvelles
    Vont fixer vos brillants esprits
    Vous renoncez aux étincelles,
    Aux feux follets de mes écrits
    Pour des lumières immortelles ;
    Et le sublime Maupertuis
    Vient éclipser mes bagatelles.
    Je n’en suis fâché ni surpris ;
    Un esprit vrai doit être épris
    Pour des vérités éternelles :
    Mais ces vérités que sont-elles ?
    Quel est leur usage et leur prix ?
    Du vrai savant que je chéris
    La raison ferme et lumineuse
    Vous montrera les cieux décrits,
    Et d’une main audacieuse
    Vous dévoilera les replis
    De la nature ténébreuse :
    Mais, sans le secret d’être heureuse,
    Il ne vous aura rien appris.


    Auteur : Voltaire
    Œuvre : Épîtres, stances et odes
    Texte du domaine public.

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  • À la belle impérieuse

    L’amour, panique
    De la raison,
    Se communique
    Par le frisson.

    Laissez-moi dire,
    N’accordez rien.
    Si je soupire,
    Chantez, c’est bien.

    Si je demeure,
    Triste, à vos pieds,
    Et si je pleure,
    C’est bien, riez.

    Un homme semble
    Souvent trompeur.
    Mais si je tremble,
    Belle, ayez peur.


    Auteur : Victor Hugo
    Œuvre : Les chansons des rues et des bois
    Année : 1865
    Texte du domaine public.

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  • Demain, dès l’aube…

    Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
    Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
    J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
    Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

    Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
    Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
    Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
    Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

    Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
    Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
    Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
    Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.


    Auteur : Victor Hugo
    Œuvre : Les Contemplations
    Année : 1856
    Texte du domaine public.

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